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21/09/2005

Ces voix qui m'assiègent

Assia DJEBAR

Je tiens "Ces voix qui m'assiègent" pour un des bouquins les plus forts sur la confrontation linguistique qu'avait déjà abordée Kateb Yacine dans Le Polygone étoilé :

« ...Quand j’eus sept ans... mon père prit soudain la décision irrévocable de me fourrer sans plus tarder dans la “gueule du loup”, c’est-à-dire à l’école française. Il le faisait le cœur serré : — Laisse l’arabe pour l’instant. Je ne veux pas que, comme moi, tu sois assis entre deux chaises... La langue française domine. Il te faudra la dominer, et laisser en arrière tout ce que nous t’avons inculqué dans ta plus tendre enfance. Mais une fois passé maître dans la langue française, tu pourras sans danger revenir avec nous à ton point de départ. »
Le Polygone étoilé, page 180.


Le bouquin de Djebar rassemble quinze ans de textes - poèmes, interventions lors de colloques, conférences, articles, où elle se confronte souvent dans un déchirement douloureux avec cet “tangage des langues”.

« Femme algérienne... “femme arabo-berbère” et en sus “d’écriture française” ».


Elle convoque ses aïeules, sa mère, les vieilles paysannes berbères de son Chenoua natal avec lesquelles elle devise, "assise sur le bord de la route et dans la poussière...".

Elle nous invite à entrer dans nos propres déchirures langagières, entre oralité et écriture, entre parole populaire et texte lettré.

Elle fait signe à Aït Mansour Amrouche, la berbère chrétienne, à la fille de celle-ci, la si grande cantatrice Taos Amrouche, à Kateb Yacine, l'adolescent protestaire de mai 1945, à Jabès, le juif égyptien, à Albert Camus le pied-noir, à toutes celles et tous ceux qui furent dans des chemins d'encre, des chemins de sang.

« dans le retrait de l'écriture en quête d'une langue hors-les-langues... retrouver un "dedans de la parole" qui seul, demeure notre patrie féconde ».


Depuis la mi-juin, elle est à l'Académie française.
Les temps changeraient-t-ils ?

Jacques